25/10/2007

Les raisons d'un refus: la version de Geert Bourgeois (ministre régional de la NVA)

 

250px-Geert_Bourgeois

Pourquoi une circonscription électorale fédérale ne marche pas? (carte blanche publiée dans le Standaard de ce 25 octobre)

"L'instauration d'une circonscription électorale fédérale émerge régulièrement comme un sacrifice expiatoire qui devrait être offert aux francophones en échange de la scission de Bruxelles-Halle-Vilvorde.  L'idée a été émise par Didier Reynders mais certains politiques flamands et quelques cercles académiques flamands y sont également favorables.  Que les francophones y soient favorables, n'est guère étonnant.  Avec une circonscription fédérale, les francophones pourront non seulement récolter des voix à Halle Vilvoorde mais aussi dans toute la flandre.  Une circonscription fédérale étend de facto le problème posé à Halle Vilvoorde à toute la Flandre.  Résoudre BHV en consentant à une circonscription fédérale, un super BHV, cela reviendrait pour les flamands à la conclusion d'un accord extrêmement déséquilibré.  Le slogan plus de Belgique revient à plus de francophonie.

Mais il y a plus.  L'instauration d'une circonscription fédérale contrevient à la division constitutionnelle de notre pays en régions linguistiques et à la réalité de la société.  Chaque jour nous pouvons constater que la Wallonie et la Flandre sont deux mondes différents.  Ce sont deux démocraties séparées, deux opinions publiques avec chacun leur propre langue, leur propre média, centres d'intérêts, préférences politiques, sensibilités et ainsi de suite...  Avec une circonscription fédérale nous revenons en arrière.  La politique ne doit-elle pas s'adapter à la société et pas l'inverse?

Quels citoyens réclament aujourd'hui une circonscription fédérale?  Seulement quelques politiques et quelques personnalités du monde académique s'en préoccuppent.  Ces derniers surtout avouent qu'ils souhaitent adapter le système électoral démocratique en fonction d'objectifs idéologiques politiques, c'est à dire plus de Belgique et moins de Flandre.

Qui dit circonscription électorale fédérale, dit aussi programmes électoraux fédéraux.  En effet, il n'est pas possible de se présenter devant les électeurs fédéraux sans programme électoral fédéral.  Cela présuppose donc également la conclusion d'alliance électorale entre partis flamands et wallons.  Comment pourront se résoudre les oppositions de fond?  Quelle sera par exemple la position de l'alliance libérale OpenVLD/MR sur la périphérie bruxelloise et les frontières de Bruxelles?  A quoi ressemblera le programme de l'alliance socialiste en matière de politique du travail, lutte contre le chômage ou encore en matière de défense?

Ce n'est pas sans raison qu'il n'existe plus dans ce pays de partis nationaux.  Les partis unitaires d'autrefois (le parti socialiste en dernier sur la liste) ont tous, sans exceptions, succombé sans gloire à des dissensions internes.  Des dissensions internes, qui ont toujours été la conséquence de visions différentes sur la politique, l'économie et la société.  

Certains universitaires flamands défendent l'idée d'une circonscription fédérale avec l'argument que celle-ci consacrerait une plus grande légitimité aux hommes politiques fédéraux.  Dans une circonscription fédérale, certains élus devraient rendre des comptes à tous les belges, tandis que d'autres ne représenteraient que leur circonscription électorale provinciale.  Mais si nous suivons ce raisonnement, nous devrions alors supprimer toutes les circonscriptions électorales provinciales et seulement conserver pour les élections fédérales une circonscription électorale fédérale.  En effet, dans cette logique, seul les hommes politiques, qui seraient élus par tous les belges, seraient des élus légitimes.  Est-ce cela que les partisans de cette mesure ont à l'esprit?  D'ailleurs, ceux qui se sentent investis de la mission de devenir politiquement responsable dans une autre région, sont parfaitement libres de se porter candidat dans la circonscription de leur choix.  Qu'attendent donc certains?

Un autre élément passe également complètement au-dessus de la tête des défenseurs de cette circonscription fédérale: la distance entre le politique et le citoyen serait gigantesque, le déficit démocratique à l'avenant.  Pourtant, c'est précisément ce déficit démocratique, que ceux qui plaident pour cette circonscription fédérale, disent vouloir combattre.  Le remède est pire que le mal.

Le fossé entre le citoyen et le politique ne serait pas seulement créé par la distance physique entre les électeurs et les élus mais aussi et surtout par la la distance au sens figuré.  La Belgique politique existe encore jusqu'à nouvel ordre, au moins de nom.  Mais la procession d'Echternach (un pas en avant, deux en arrière) de cette formation de gouvernement fédéral prouve chaque jour que la Belgique politique est synonyme d'indécision et d'impasse.  La Belgique et la bonne gouvernance, prendre des décisions osées, sont incompatibles.  Entre-temps le monde ne s'arrête pas de tourner et nous, wallons comme flamands, manquons chaque jour de nouvelles chances.  La seule manière de saisir ces chances, c'est plus de Flandre, plus de Wallonie et moins de Belgique."

Difficile de rester indifférent à cette charge, truffée de procès d'intention, de faux-procès et de faux raisonnements.  Mais j'ai trouvé qu'il était instructif de voir la propagande qui est à l'oeuvre de l'autre côté de la frontière linguistique.  

En passant et en vitesse, quelques exemples:

  1. Plus de Belgique égale plus de Francophonie:  par quel tour de passe passe sémantique parvient-il à une telle conclusion?  Je pourrais avec autant de verve et avec plus de raison (la démographie de ce pays ne trompe pas, les flamands sont bien majoritaires dans ce pays) déclarer plus de Belgique égale plus de Flandre.
  2. Depuis quand et pourquoi la politique ne pourrait pas insuffler dans la population de nouvelles visions?  N'est-ce pas l'essence même du projet européen, nos politiques ne doivent-ils pas prendre en considération les préoccupations environnementales au prétexte que ce faisant, ils devanceraient les préoccupations de leurs électeurs.  A mon sens, c'est éminement le rôle du politique d'orienter l'évolution de la société et non de la subir!!!
  3. Pourquoi serait-il impossible de se mettre d'accord au sein d'une famille politique sur certains objectifs communs?  Pourquoi la seule issue ne devrait-elle être que le repli égoïstement identitaire?  Cette sentence ne sonne-t-elle pas le glas de tout projet politique supra-régionnal, comme en premier lieu l'Europe, les Nations-Unies, la lutte pour les droits de l'homme, contre la pauvreté, contre le réchauffement climatique, etc.  Tous ces enjeux ne dépassent-ils pas par leur ampleur et leur ambition, tous les clivages identitaires égoïstes.  La devise de notre pays: "L'union fait la force" n'anticipait-elle pas déjà que ce type de défis ne pourraient être relevés que par la conjugaison de forces pourtant disparates?
  4. L'idée de cette circonscription fédérale, est bien de responsabiliser les élus, en les rendant responsables de leurs actes devant la nation toute entière.  Dans un état fédéral, il est crucial qu'une politique partisane à l'avantage d'une seule communauté puisse être sanctionnée à l'échelon national, c'est le cas dans tous les autres régimes fédéraux et même confédéraux, sauf en Belgique!!!  Le déficit démocratique, il est bien là!!!
Ce qui est sûr, c'est que l'idéalisme forcené du nationalisme flamand comme tous les nationalismes, ne pourra faire l'économie d'un retour au réel soit en cas de réussite de cette formation par la conclusion d'accords au bénéfice de toutes les parties autour de la table, soit en cas de dislocation de ce pays par une indépendance flamande, sans Bruxelles et qui leur coûtera cher.

Les commentaires sont fermés.