12/11/2007

Les débats du week-end.

J'ai visionné l'ensemble des débats de ce week-end consacré à cette profonde crise politique, tant sur les chaînes flamandes que francophones.  Et je suis halluciné.

Au cours de l'émission "Zevende dag", Jo Vandeurzen ne semble absolument prendre la mesure de ce qui est en train de se passer et ne semble tenir à nouveau aucun compte des positions unanimes des francophones.

Ces débats permettent toutefois d' identifier clairement les exigences et les problèmes du CD&V: 

Exigences: 

  • Yves Leterme doit devenir premier ministre: pas de participation gouvernementale du CD&V/N-VA sans que cette condition ne soit remplie.
  • Le gouvernement doit procéder à une grande réforme de l'état, dans le sens d'un très important transfert de compétences vers les entités fédérées (emploi, santé, sécurité routière, etc.) et les francophones doivent s'engager à réaliser celle-ci avant toute formation d'un gouvernement
  • Le signal donné par le vote de BHV en commission de l'intérieur par l'ensemble des partis politiques, n'est qu'un premier signal donné: "les francophones ne peuvent désormais s'abriter derrière les mécanismes constitutionnels pour refuser les exigences flamandes, autrement la loi du nombre sera appliquée."
  • Le CD&V ne lachera jamais son partenaire N-VA, qui a beau jeu de se draper derrière un programme électoral (rédigé de concert par les deux membres du cartel) pour refuser tout compromis sur le plan communautaire.  Il est vrai que ce cartel doit une partie de son succès à ce programme particulièrement irréaliste et imbuvable du côté francophone.  Cette crise ne profite d'ailleurs qu'à ce seul partenaire ouvertement séparatiste.

Problèmes:

  • Une grande réforme de l'état nécessite une majorité (2/3) dont ne dispose pas l'orange bleue.  Il faudrait donc élargir cette majorité à d'autres partis politiques ou rechercher une majorité en dehors de ce gouvernement.  Ce problème, qui se pose depuis le premier jour de cette formation, ne semble pas résolu.  Pourquoi continuer à l'envisager alors qu'il n'existe même pas le début d'une esquisse de solution à ce problème de majorité, puisque même pour les partis francophones de cette coalition, il n'y a pas même un début d'accord?  Ce qui permet de singulièrement relativiser les fanfaronades du président du PS sur les plateaux francophones:  quelles concessions celui-ci serait-il prêt à accepter au profit des partis flamands pour entrer dans ce gouvernement ou l'aider de l'extérieur.  Est-ce un simple problème de confiance, comme il n'a cessé de l'affirmer tout au long de ce week-end.  Nous sommes ici en pleine fiction surréaliste.
  • Yves Leterme, de plus en plus critiqué en flandres, ne peut pas ne pas devenir premier ministre, sans cela le CD&V ne participera pas à un gouvernement.  Peu importe par ailleurs qu'il n'ait réussi jusqu'ici ni à faire la preuve de sa capacité à s'élever au dessus des revendications partisanes flamandes ni de proposer des compromis acceptables et acceptés par ses partenaires de coalition francophones, et encore moins de trouver une majorité à l'extérieur, voire même à l'intérieur de cette formation.  On nous a beaucoup dit que Leterme souffrait du syndrôme d'Asperger, un autisme de génie, ne serait-ce pas plutôt un simple autisme.  Que ces questions restent posées après 150 jours de formation, me semble prouver à suffisance l'inadéquation de l'homme à la fonction.
  • Je ne suis pas sûr que Jo Vandeurzen prend la mesure de la soumission qu'il exige des francophones.  Si les négociateurs francophones le laissent faire, il s'agirait tout simplement pour les francophones de renoncer à vivre dans une démocratie.  Je me pose sincèrement la question de savoir si Monsieur Vandeurzen possède simplement les capacités intellectuelles d'être le président du plus important parti démocratique flamand.  Et je pèse mes mots.  Il est également hallucinant de constater que ces déclarations totalitaires, ne sont simplement pas relevée par des intellectuels flamands ou des médias flamands.
  • Comment quelqu'un comme Bart De Wever, après des déclarations qui auraient sans doute couté leur carrière à tout politique francophone, continue-t-il à dicter l'agenda de ce cartel et de cette formation.  A de nombreuses reprises, le CD&V est revenu sur des positions de compromis sous la pression de ce parti qui représente à peine 5 députés notamment:
  •  
    • sur la note Van Rompuy, qui avait permis à ces négociations de reprendre
    • sur la circonscription électorale fédérale
    • sur BHV, ce qui a mené à ce vote indigne en commission de l'intérieur
    • aujourd'hui ce  plan de sortie de crise royal, même s'il doit avoir été largement suggéré par Leterme, lui-même, par Dehaene et même par Herman Van Rompuy
    • N'oublions d'ailleurs pas que toute participation à un gouvernement de la N-VA est conditionnée à l'approbation par deux-tiers de ses militants réunis en congrès.  Les félicitations recueillies par l'ami Bart après ce vote indigne en commission de l'intérieur ne me laisse rien présager de bon.
Au vu de ce qui a été discuté ce week-end d'autre part sur les plateaux de télévision francophones par les 4 présidents de partis francophones, il est indéniable que le dialogue de sourds n'a jamais été aussi profond.
 
La responsabilité des dirigeants du Cartel CD&V me semble au vu de ces quelques faits, accablantes.  D'après plusieurs commentateurs flamands, ils semblent déterminer toutes leurs décisions et volte-faces en fonction de sondages, du nombre de mails reçus et sans doute aussi de la fréquentation de leur site internet, un nouvel avatar de "la politique du clic".  Comme j'ai déjà eu l'occasion de le suggérer ces derniers jours, il me semble évident que ce cartel devra tôt ou tard sortir de son délire, se confronter à la réalité et plus important en tirer toutes les conclusions.  Oserai-je suggérer de renoncer à ce cartel avec des séparatistes, qui me semblent toutes possibilités de solution à leur seul avantage d'ailleurs.
 
Je ne peux m'empêcher de compatir avec nos négociateurs francophones: ces voltes-face, cette indécision et surtout ce manque flagrant de compréhension des mécanismes élémentaires de fonctionnement d'un état démocratique, ne doivent pas être facile à gérer.  Ils ont tous mes encouragements.  Par contre, je suis aujourd'hui convaincu que le PS, malgré ses dires, n'aurait que bien peu de valeur ajoutée à apporter.

Commentaires

En quelque sorte, La Belgique ne possèdera plus jamais de véritable gouvernement, puisque tout se dirigera avec partialité.
Et quelle partialité!
Si l'on fait déjà le décompte des démunis francophones par rapport au néerlandophones, pas besoin du chiffre pies pour ses impies.
Tout ce qui n'était que présenter à petite mesure comme gueguerre linguistique, prend outrageusement sa mesure, dans une totale fondation séparatiste qui s'entend bien posséder jusqu'à la majorité totalitaire de communes à flamantiser.
Un francophone et une néerlandophone ou inversement pourront-ils encore convoler sans que politique oblige le village à se sectariser à la sacro-sainte flandre? Rien n'est encore fait, mais... tout reste à voir.

Écrit par : Marie Christal | 13/11/2007

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