23/11/2007

Contribution pour une réforme de l'université

Bernard Rentier, le recteur de mon Alma Mater, a eu l'excellente idée d'ouvrir un blog, qui permet d'interagir avec lui.  Je viens de poster sur celui-ci cette contribution pour une réflexion sur la mission de l'université.  Je ne manquerai pas de vous informer, s'il y a lieu, des suites qu'il réservera à celle-ci.

BernardRentier

 

Monsieur le Recteur,

Il y a quelques jours dans les médias flamands s'ouvrait un débat sur le manque d'initiative des étudiants flamands, notamment en terme de création d'entreprises.  Ce même constat peut être fait dans le monde francophone.  

Un professeur émérite de la KUL (Roger Blanpain) vient de réagir aujourd'hui par la publication d'un courrier de lecteur à la rédaction du "Standaard", dont je vous livre ici la traduction:

"Le manque d'initiative chez les étudiants tient beaucoup à la nature de notre enseignement et de notre formation.  Quelques 50 ans d'expérience universitaire comme enseignant m'a appris que notre enseignement est orienté vers le conformisme (le prof a raison), la prise de note, des cours bloqués par coeur et débités de la même manière à l'examen.  L'enseignement et la formation est peu ou pas du tout dirigée vers la créativité, la contribution personnelle, l'esprit critique, la résolution de problème ou la réflexion transversale, comme dans les bonnes universités américaines ou anglaises.  Cela demandera une révolution de changer cet enseignement répétitif.  Comme doyen de la faculté de droit de la KUL, j'ai consacré à l'époque mon attention aux exercices par petits groupes, la mise en place de séminaires et l'organisation de sessions pratiques.  C'était largement insuffisant, car il existait trop de cours ex-cathedra.  Pour devenir prof, un nombre d'heure d'enseignement doivent être prestées.  De ce fait, beaucoup d'heures de cours sont imposées.  Le travail personnel et la créativité sont rarement au rendez-vous.  De plus, les séminaires et les exercices sont souvent délégués à de jeunes assistants dévoués mais souvent inexpérimentés, qui ne connaitront la musique que bien plus tard.

En bref, le manque d'initiative de nos étudiants ne m'étonne pas.  Nous pouvons y faire quelque chose.  Diminuer drastiquement le nombre de cours académiques et beaucoup plus stimuler le travail personnel axé sur la créativité."


Etant l'un des premiers boursiers Erasmus de la faculté de Philosophie et Lettres (section Philosophie), je ne peux que confirmer cette analyse.  A l'université de Hull, où j'ai séjourné un an en 1992, je peux témoigner que plus de la moitié des cours consistaient en travaux de lecture dirigés par petits groupes, où le rôle du professeur consistait plus à animer le débat et la réflexion entre les étudiants, qui chacun à leur tour devait préparer la leçon et se soumettaient ainsi à la critique de leurs professeurs mais aussi de leurs condisciples.  Chaque étudiant était placé sous la protection d'un "tuteur", qui le conseillait de plus quant à ses lectures, quant aux choix de cours à option en fonction du désir profond de l'étudiant.  Le mien était le Dr T.S. Champlin, dont le moindre mérite n'était pas de diriger le comité de lecture de la prestigieuse revue Mind.  J'en garde encore aujourd'hui un souvenir ébloui.  

L'organisation des examens était également très différente puisqu'ils consistaient en des dissertations sur des thèmes abordés dans ces cours et qui pour éviter tout favoritisme, étaient corrigés à l'aveugle par des professeurs externes.

A l'appui encore de ce constat, j'aimerais ajouter que mes deux parents se sont rencontrés et mariés au cours de leur spécialisation médicale à l'université Johns Hopkins de Baltimore dans les années 60.  Ma maman y a même exercé des responsabilités importantes au sein de la faculté et participé à des recherches déterminantes en anesthésiologie (son professeur, le docteur Safra a inventé la réanimation cardio-pulmonaire et l'aide médicalisée urgente).  Tous deux partagent cette analyse et particulièrement mon père, qui était diplomé en médecine de l'ULG et qui a donc expérimenté comme moi les deux méthodes de travail.

Bien plus que le ranking de l'ULG ou son système de classement des contributions scientifiques, l'ULG devrait prioritairement s'intéresser à sa méthode de travail et d'enseignement.

Très respectueusement,

Philip Hermann

PS: Je vous félicite, par ailleurs, pour l'excellente initiative que constitue ce blog, qui démontre votre volonté de sortir du cadre académique traditionnel.  Ce qui m'a incité à y poster ce message.

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