12/10/2008

Le libéralisme ne s’effondrera pas

Contrairement à ce que le président du PS prétend dans une interview à la libre ce samedi, le libéralisme ne s’effondrera pas à l’occasion de ce crash boursier.  Il s’amendera, se perfectionnera mais cette crise ne signifie certainement pas la fin de l’économie de marché…  elle en sortira plus forte  et c’est heureux car aucun modèle socialiste ou autre n’est aujourd’hui susceptible de constituer une alternative sérieuse.

 

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Alors que certains consacrent toute leur énergie à sauver ce qui peut l’être et à préserver l’ensemble de la population du chaos, d’autres préfèrent déjà exploiter de manière politicienne la situation.  C’est le jeu démocratique mais je ne peux m’empêcher de regretter le manque de solidarité du président du PS vis-à-vis d’un gouvernement auquel il participe par ailleurs.

 

Quelles sont les origines de cette crise ?  Analyse 

 

  • La crise du crédit aux USA.  On a déjà beaucoup parlé des « subprimes », ces crédits hypothécaires douteux, qui ont été accordés à des personnes précarisées et sans couverture santé.  Il est évident que de tels dossiers n’auraient jamais été validés en Belgique.  Ils l’ont été aux USA parce que l’immobilier connaissait une croissance à deux chiffres depuis de nombreuses années.  Le calcul de ces banquiers, peu scrupuleux, était que même si ces preneurs de crédit ne parvenaient pas à honorer leurs engagements, ils auraient toujours la possibilité de revendre leur bien immobilier pour solder leur engagement et même encaisser une plus-value.  Les arbres ne montant jamais jusqu’au ciel, les problèmes sont apparus lorsque le marché immobilier s’est effondré.

 

On va encore beaucoup parler des autres formes de crédit à la consommation, notamment de celles qui ont permis aux industries automobiles US de continuer à vendre des 4X4 alors que le prix de l’essence ne cessait d’augmenter. Peut-on encore parler de vente de voiture quand un concessionnaire propose de vous racheter votre ancien véhicule au prix fort en cash et vous laisse repartir avec une nouvelle voiture sans mensualités à payer avant deux ans.  Comment vont-elles aujourd'hui trouver le financement pour adapter enfin leur offre à la demande.

 

Est-ce la vocation d’une carte de crédit de permettre de payer son crédit hypothécaire ?  Est-il sain de laisser certains détenir plusieurs dizaines de ces cartes et plonger dans le surendettement ?  Toutes ces pratiques ont eu cours au pays de l’oncle Sam, elles ont permis à l’administration Bush de maintenir artificiellement une croissance US forte et de masquer ses catastrophiques erreurs de jugement, notamment :

  1. La guerre en Irak, qui a échoué à maintenir des prix pétroliers bas mais au contraire en déstabilisant durablement toute cette région, a accentué notre dépendance vis-à-vis des monarchies pétrolières.
  2. L’absence de diversification énergétique et le maintien d’une économie très consommatrice en énergie, inadaptée à la situation climatique mais aussi au contexte géopolitique.
  3. L’explosion des déficits budgétaires et de l’endettement public US, qui interdisent aujourd’hui à cette administration de disposer des ressources nécessaires pour assumer seule ces erreurs de jugement.
  • La titrisation des moyens de crédit.  Prônée par Alan Greenspan, qui voyait dans ce mécanisme, un moyen de répartir dans l’économie mondiale les risques pris en matière de crédit par les seuls opérateurs US.  Beaucoup d’analystes, dont Warren Buffet, attribuent à cette mécanique, la mondialisation de cette crise, qui sinon aurait essentiellement concerné les institutions bancaires US.  En déresponsabilisant les émetteurs de crédit des risques de défauts de paiement encourus par les preneurs, le système bancaire US a permis cette extraordinaire inflation de la masse monétaire et a transféré ce risque à l’ensemble des institutions financières, qui ont maintenu à tort leur confiance dans le système bancaire US.   
  • La faillite des agences de notation de crédit.  A l’occasion de cette crise financière, nous assistons à la faillite des agences de notations(Standard and Poors, Fitch, etc) qui évaluent la qualité des entreprises ainsi que les qualités des instruments de crédit de celles-ci.  Elles ont surévalué ces qualités avant l’explosion de la crise et ont ainsi favorisé la création de la bulle des subprimes, aujourd’hui elles accentuent cette crise en anticipant trop fortement certaines  dépréciations d’actifs.  Si une meilleure régulation doit naître suite à cette crise, elle passera par la création d’organes de notation hors-marché et indépendant.
  • Le maintien de taux de crédit artificiellement bas par la Federal Reserve Bank en dépit des déficits conjugués du budget  et de la balance commerciale US, qui a stimulé l’explosion de ces crédits et la formation de bulles spéculatives, notamment dans le secteur immobilier.

 

A la lecture de cette analyse, il est évident que l’administration Bush porte une immense responsabilité dans la crise à laquelle nous assistons et qui a aujourd’hui contaminé l’ensemble de l’économie mondiale.  Comme la crise s’est propagée à l’ensemble  de l’économie mondiale, une mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques mais également de l’ensemble des puissances publiques est indispensable.  Cette mobilisation devra mettre en œuvre des solutions globales concertées et de nature à rendre confiance  dans le système financier.

 

Malgré l’exploitation politicienne, dont fait l’objet cette crise par le PS belge, il ne s’agit pas d’une mise en cause de l’économie de marché en tant que telle.  Il s’agit encore du meilleur système pour financer, par exemple, les investissements qui seront nécessaires pour industrialiser les technologies qui répondront aux défis climatiques et à la diversification de nos sources d’énergie.   Il faudrait que ceux qui remettent en cause ce système économique, proposent alors une alternative réellement crédible.  Ce n’est pas non plus une mise en cause du libéralisme tel qu’on l’envisage par exemple au MR, qui n’a jamais prôné ni la dérégulation ni nié le rôle social de l’état.  L’économie de marché, ce n’est ni l’absence de règles ni l’absence de contrôle des acteurs du marché.  Il faut bien sûr des règles, même si celles-ci doivent permettre à un marché de s’exprimer, c'est-à-dire d’organiser la concurrence entre des acteurs économiques, de sanctionner ceux qui sont moins efficaces et de récompenser ceux qui le sont plus.

 

Dans un monde globalisé, les instruments qui permettront une régulation efficace de la part la puissance publique, seront nécessairement supranationaux.  Il me semble qu’il devrait être possible d’avancer rapidement dans ce sens au niveau de l’eurogroupe, qui partage la même monnaie et donc le même cadre économique et globalement la même conception du rôle de l’état.  Il sera sans doute également nécessaire de prévoir des organes de régulation à un échelon plus élevé (véritablement mondial).  Restaurer la confiance pour sortir de cette crise, et c’est indispensable, rend la mise en œuvre de ces mesures urgentes et nécessaire.   Il s’agit de ne pas gâcher cette chance historique.

 

16:10 Écrit par Philip Hermann dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : ps, mr, credit, alan greenspan, subprimes, krash |  Facebook |

Commentaires

Je partage chacun des points de votre analyse. J'espère que nous aurons l'occasion d'en parler, bien cordialement, Richard miller

Écrit par : Miller | 12/10/2008

Tout à fait d'accord avec cette analyse, comme quoi l'ultra libéralisme a ses limites, je rajouterai également que Paulsen a jouer un mauvais rôle également dans l'accélération de cette crise, d'après des informations de TV française il avait des raisons de se venger de Lehman Broothers ayant travaillé pour une banque directement conccurente, triste mentalité si c'est vrai.

Écrit par : Neuville Robert | 12/10/2008

Mini incident diplomatique à l'eurogroupe Qualifié comme tel par le site L'écho
Il relate qu'hier soir le porte parole de Didier Reynders s'est fait remonté les bretelles par Nicolas Sarkosi sur des indiscrétions divulgués à la presse sur les conclusions de l'Eurogroupe de la part d'un membre de la délégation Belge dont l'Elisée connait parfaitement le nom et le prénom.
Personnellement je ne crois pas que c'est une seule indiscrétion assez courante lors de ces sommets qui soit à la base de ce malaise.
Es-ce du à la trop longue crise institutionelle Belge?
Es-ce du au malaise pendant les discussions sur Dexia?
Es-ce du aux déclarations imtempestives de Magnette sur le blocage des prix de l'électricité qui a fait chuté anormalement les cours de GDF/SUEZ?
Es-ce du au fait que la Belgique soit le seul pays qui ai laisser tombé un de ses grands groupes financiers.
Es-ce que parce que l'Eurogroupe regrette Guy Veroofstadt?
Personnellement, je crois que c'est un peu de tous à la fois qui énerve les partenaires de la Belgique, il n'est jamais agréable de discuter avec un pays dont le gouvernement est affaibli et qui a 2 têtes.

Écrit par : Neuville Robert | 13/10/2008

Merci @ Richard Miller pour ses encouragements...

@Robert Neuville Je crois aussi que Paulson, ex-concurrent de Lehman brothers, aurait du dépasser ses réticences passées et sauver cette banque malgré sa répulsion... mais peut-être ne savait-il comment faire, il y a encore tellement d'idéologie dans l'administration Bush et le plan de l'eurogroupe n'avait pas encore été mis sur la table.

Quant au mini-incident diplomatique, je crois que c'est une tempête dans un verre d'eau. Le plan de sauvetage, échaffaudé à Paris, est largement inspiré par l'expérience Dexia. Je crois que c'est effectivement que ce qu'il convient de faire...est-ce une méthode Sarkozy ou Reynders... Je laisse à chacun le soin de juger, mais c'est plutôt une bonne nouvelle qu'on se dispute la paternité de cette méthode...c'est sans doute qu'elle a des chances de réussir!!! :-)))

Écrit par : Philip Hermann | 13/10/2008

Il m'étonnerait que cette méthode vienne de l'un ou l'autre, elle pourrait bien provenir d'un conseillé de Sarko ou de Dehaen (avec son bon sens habituel) ou de Davignon( grand connaissseur de la question banquaire), nul ne le saura sans doute jamais, mais c'est vraiment une idée génial que celle de créer cette garantie d'état moyennant rétribution, tout en étant très simple, pour preuve la bourse et particulièrement la cote des banques est repartie en forte hausse.

Écrit par : Neuville Robert | 13/10/2008

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