08/04/2008

La vengeance de Christophe Deborsu.

Chaque politique sait qu’il n’est pas indiqué de se mettre les journalistes à dos.  Frédéric Laloux risque fort de l’apprendre également…à ses dépens.  Yves Leterme, fort de ses 800 000 voix de préférence,  pouvait sans doute continuer d’exister politiquement sans devoir ménager Christophe De Borsu, journaliste politique de la RTBF.  Il a pourtant depuis, lui aussi, préféré fumer le calumet de la paix avec ce journaliste. (sic)  Par contre, un frais émoulu secrétaire d’état sans légitimité électorale, ne peut sans doute pas instrumentaliser la presse impunément pour s’assurer de la visibilité à bon marché. 

 Laloux

Frédéric Laloux et Paul Magnette: l'improbable relève du PS

Monter au mat pour dénoncer les abus de carte essence qu’aurait commis Arnaud Gavroy (ECOLO), le tombeur de Bernard Anselme à Namur pour l’affaire Sotegec, était peut-être un moyen d’incarner le renouveau du parti socialiste.  Encore eût-il fallu être soi-même inattaquable à ce sujet.  Poser comme Secrétaire d’état sans cabinet fixe, pouvait aussi passer pour un artifice de communication « intelligent » de la part d’un ministre en charge de la pauvreté au fédéral.  C’était une manipulation et aujourd’hui les fines tactiques du jeune Frédéric Laloux pour se faire connaître du grand public, vont sans doute devoir être payées au prix fort.   La plus virulente charge contre ce jeune secrétaire d’état, est l’œuvre Christophe Deborsu, dans le « Standaard » de ce lundi 7 avril.  Celui-là même qui avait réalisé le reportage sur ce ministre, obligé de travailler dans sa voiture.  Je vous en offre la traduction la plus littérale possible.

 

« Ceci n’est pas un sans abri »

 

Frédéric Laloux (PS), secrétaire d’état à la lutte contre la pauvreté, est mon nouvel ami.  Il y a dix jours, personne ne connaissait son nom. Mais après le reportage, que je lui ai consacré au journal de la RTBF, Frédéric Laloux est devenu immédiatement un concept à la Magritte : Ceci n’est pas un « dakloze » (sans abri).  Comme vous le savez, il a déclaré devant ma caméra qu’il attendait encore un bureau, une semaine après son entrée en fonction.  « Ma voiture de service fait fonction de cabinet à quatre roues. », poursuivait-il.  Anecdote savoureuse : le reportage à peine diffusé, il me téléphonait pour me remercier pour l’excellent reportage.  Lorsque j’ai émis le souhait qu’il trouve rapidement un bureau, il m’a répondu que les choses allaient rapidement rentrer dans l’ordre.  Maintenant je comprends pourquoi : son cabinet était déjà prêt.

 

Quoiqu’il en soit, Laloux porte pour le moment (officieusement, je l’avoue) le titre de secrétaire d’état le plus populaire du pays.  Toute une performance pour quelqu’un qui jusqu’à sa nomination surprise au gouvernement fédéral, en était resté à échevin des sports de Namur.  En tant qu’échevin (bon au demeurant), Frédéric Laloux s’est fait remarqué pour son soutien inconditionnel au bourgmestre d’alors, Bernard Anselme, son mentor en politique.  Malgré l’enthousiasme de Fred, Anselme a du quitter le paysage politique.  Monsieur Anselme aurait avantagé Sotegec, la firme de son amoureuse, dans des marchés publics.  A cause de ce scandale, le PS a été écarté à Namur au profit d’une coalition CDH, MR, Ecolo.  Lalous n’a jamais été impliqué officiellement dans l’affaire.  Mais son nom apparaît également dans le scandale autour du casino de Namur.  De l’argent noir aurait atterri au club de football UR Namur.  Laloux a été un temps dirigeant de ce club et même vice-président.  Pour toute clarté, il n’a jamais été mis en accusation.  Mais son maigre score aux dernières élections communales (huitième place en nombre de voix de préférence) démontre comme il est peu populaire dans sa ville.

 

Après son échevinat, le relativement jeune Laloux a du aller pointer.  Il avait sacrifié son job d’agent immobilier à la politique.  Un peu plus tard, il a été embauché comme collaborateur du cabinet de Michel Daerden pour être maintenant désigné comme secrétaire d’état surprise.  La question se pose dans de nombreux médias francophones : pourquoi Di Rupo a-t-il embarqué le controversé ex-échevin dans le gouvernement fédéral ?  La raison est évidente : la réserve de recrutement du PS est vide.  Le parti comptait jusqu’il y a peu 4 ministres présidents  (communauté française et germanophone, région bruxelloise et wallonne).  Aujourd’hui Rudy Demotte combine heureusement  la présidence wallonne et francophone.  A côté de cela s’ajoute treize ministres fédéraux, régionaux ou communautaires, trois gouverneurs provinciaux, douze députés provinciaux.  De loin, le meilleur palmarès de Belgique.  Seul, le gouvernement flamand échappe pour le moment à l’emprise du PS.  Mais cela produit des effets secondaires.  Il devient difficile de trouver des socialistes aptes à des fonctions politiques importantes.  A la tête de Charleroi, une mine traditionnelle de ministres,  il ne reste personne d’épargné par les scandales des années précédentes.  Même problème dans la province de  Namur, pour une improbable raison : Jean-Charles Luperto, le jeune (34 ans) bourgmestre de Sambreville (20 000 habitants) était mentionné comme le plus grand candidat ministre de tous les temps.  Après une réunion de nuit, il a menacé anonymement le bourgmestre d’une commune adjacente que son logement prendrait feu.  En blaguant soi-disant.  Mais une plainte a été introduite, un juge d’instruction mis en charge de l’affaire, Luperto identifié…Di Rupo a peu apprécié. 

 

Pour cette raison, le président du PS a du se montrer créatif dans sa recherche de secrétaires d’état.  A la dernière négociation pour la formation du gouvernement, il aurait bataillé, semblerait-il, pour en limiter le nombre.  Peut-être en première instance en raison d’un manque de candidats.  Cela a donc été Frédéric Laloux. 

 

Après l’affaire à propos de sa prétendue de absence de cabinet, le journal « Vers l’avenir » a révélé la semaine passée d’autres faits concernant l’homme politique namurois : il aurait été léger dans l’utilisation de sa carte carburant comme échevin.  Il a dépassé la limité autorisée de carburant et aurait encore fait le plein un quart d’heure avant sa sortie.  Laloux nie toute fraude.

 

Une chose est sûre : après la série d’articles ravageurs, après que Groen ait exigé sa démission, le secrétaire d’état socialiste est resté en fonction dans le gouvernement Leterme I.  Il possède certainement deux qualités : l’endurance et l’enthousiasme.  C’est certainement le moins que nous pouvons attendre d’un ancien échevin des sports.

 

Ce qui est sûr également, c’est qu’Yves Leterme s’interroge aujourd’hui ouvertement sur la capacité de ce secrétaire d’état à fonctionner et qu’ Elio Di Rupo n’exclut plus de faire preuve de fermeté (enfin !) mais le fera-t-il ?  En tout cas les lecteurs du « Standaard », eux, ont tranché : ils sont presque 90% à exiger la démission de Monsieur Laloux.

 

Ils en parlent également : Himself, Mateusk Kukulka, Fabrice Grosfilley.